DigitalMag

L’emballage en révolution : quand l’innovation redessine la durabilité

L’emballage en révolution : quand l’innovation redessine la durabilité

Longtemps relégué au rang d’élément secondaire du produit, l’emballage est devenu l’un des terrains les plus significatifs de la transformation industrielle et écologique. Garant de la protection, de la conservation, de la traçabilité et de la lisibilité du produit, il constitue aujourd’hui un vecteur stratégique : il concentre les arbitrages entre performance, coût, logistique, réglementation et impact environnemental.
La filière représente en France 38 milliards d’euros de valeur et près de 300 000 emplois directs (Cofepac, 2024), ce qui en fait un pilier industriel majeur. Mais elle est entrée dans une phase de mutation accélérée sous l’effet du règlement européen PPWR, des engagements climatiques, de la tension sur les matières premières, de l’essor du réemploi et de l’augmentation des attentes sociétales en matière de transparence.
Comme le résume Jean-Marc Boursier, président du Conseil National de l’Emballage : « L’emballage n’est pas un mal nécessaire : c’est un choix industriel, logistique et environnemental. »

L’emballage, révélateur de la transition écologique

L’emballage est devenu l’un des marqueurs les plus visibles de la transition écologique. Il concentre les attentes, les critiques, mais aussi les contradictions des consommateurs : ceux-ci réclament moins de matière, moins de plastique, moins de déchets, mais attendent simultanément plus de garanties sanitaires, plus de praticité d’usage, plus de visibilité sur la composition, l’origine ou la recyclabilité. Autrement dit, l’emballage doit être plus léger, plus sobre, mais aussi plus sûr, plus informatif et plus lisible. Cette tension structurelle entre réduction matérielle et augmentation des fonctions place désormais la conception au cœur des enjeux.

L’étude Quantis 2024 souligne que 65 % de l’empreinte carbone d’un emballage est déterminée dès la phase de design. C’est à ce moment que se décident les aspects déterminants : le choix du matériau, l’épaisseur des parois, la présence ou non de films barrières, l’assemblage ou la mono-matière, la forme, mais également l’optimisation du volume transporté et donc du nombre de trajets nécessaires. La durabilité ne se joue pas en fin de vie, mais en amont, dans l’acte même de concevoir.

La réglementation accompagne cette évolution, en passant d’une logique d’incitation à une logique d’obligation de résultats. Le règlement européen PPWR n’a pas pour objectif principal d’augmenter la part du recyclage, mais de réduire la quantité totale d’emballages mis sur le marché. L’emballage ne doit plus seulement être recyclable : il doit être justifié, c’est-à-dire répondre à une fonction réelle et non à un confort marketing ou logistique.

Cette bascule est essentielle : la durabilité n’est plus un avantage compétitif ou une démarche volontaire, elle devient une caractéristique structurante du produit. Elle conditionne sa place en rayon, son acceptation par le consommateur, sa conformité réglementaire et sa performance carbone sur l’ensemble de sa chaîne de valeur.

En d’autres termes, l’emballage n’est plus seulement ce qui entoure le produit : il exprime la cohérence de l’entreprise avec son époque.

Une filière sous tension, mais engagée dans sa transition

La mutation de la filière de l’emballage s’opère dans un contexte où les contraintes se multiplient. La hausse du coût des fibres cellulosiques certifiées FSC ou PEFC, dont la demande mondiale augmente sous l’effet du e-commerce et des politiques de reforestation responsable, crée une tension structurelle sur les approvisionnements. Dans le même temps, la disponibilité des résines plastiques recyclées, notamment celles de qualité alimentaire, demeure irrégulière, dépendante de la qualité du tri et des capacités locales de collecte et de transformation. À cela s’ajoute l’augmentation persistante du coût de l’énergie, particulièrement sensible dans la papeterie, la plasturgie et la verrerie, trois secteurs historiquement énergivores. Enfin, l’essor du commerce en ligne impose de nouvelles contraintes logistiques : les emballages doivent être plus résistants, plus compacts et plus performants en termes de remplissage, tout en intégrant des considérations de retour et de seconde vie.

On aurait pu penser que ces pressions freinent la transition. C’est l’inverse qui se produit. Selon l’étude Constructing Sustainable Future (2025)85 % des entreprises du secteur ont engagé ou accéléré une stratégie d’innovation liée à l’emballage durable. L’enjeu n’est plus d’ajuster à la marge ce qui existe, mais de repenser les systèmes. Le Conseil National de l’Emballage (CNE) l’exprime clairement :« On ne change pas seulement le matériau : on change la manière de concevoir, produire et distribuer. »

Cette transformation ne se limite pas aux matériaux eux-mêmes. Elle implique une réorganisation des chaînes de valeur, dans lesquelles l’emballage devient un acteur plutôt qu’un résidu. Il n’est plus conçu comme un objet destiné à être jeté, mais comme un élément participant d’un cycle, intégrant l’origine des matériaux, leur transformation, leur usage, leur collecte, leur réemploi ou leur recyclage.

Autrement dit, l’emballage passe d’une logique linéaire (produire → consommer → jeter) à une logique circulaire (concevoir → utiliser → réutiliser → valoriser).
Cette bascule n’est pas uniquement technologique ; elle est culturelle et organisationnelle. Elle engage les directions industrielles, les bureaux d’études, les logisticiens, les distributeurs et, de plus en plus, les consommateurs.

La filière ne se contente donc pas de s’adapter : elle se reconfigure en profondeur pour devenir un levier majeur de performance durable.

L’innovation, moteur de la transformation

L’innovation dans l’emballage ne se résume plus à remplacer un matériau par un autre. Elle s’apparente aujourd’hui à une réingénierie complète du système d’emballage, qui tient compte non seulement du matériau lui-même, mais aussi de la manière dont il est conçu, produit, transporté, manipulé, valorisé et parfois réemployé. L’emballage n’est plus envisagé comme un simple objet, mais comme une architecture fonctionnelle intégrée à un cycle de vie continu.

Cette approche explique la montée en puissance de l’éco-conception. Celle-ci vise à intervenir en amont, au moment où se déterminent l’essentiel de l’impact environnemental et des contraintes logistiques. Les bureaux d’études des industriels français travaillent désormais sur l’allègement des structures, la réduction du nombre de composants, la suppression des couches complexes difficiles à séparer lors du recyclage et la standardisation des formats afin de faciliter le transport, le stockage et la fin de vie. L’éco-conception est ainsi devenue une norme d’ingénierie, soutenue par la réglementation et portée par les attentes des distributeurs, qui cherchent à réduire la masse de matériaux entrant et sortant des plateformes logistiques.

La substitution raisonnée constitue la deuxième dimension de cette transformation. Contrairement à l’idée d’un « bon » matériau qui remplacerait tous les autres, la filière française privilégie une logique d’usage. Le carton renforcé est utilisé lorsque la fonction d’amortissement et la recyclabilité priment, comme dans les biscuits ou les expéditions e-commerce. Le plastique recyclé, notamment le PET, reste indispensable dans les catégories où la barrière à l’oxydation et la stabilité microbiologique sont critiques, comme les produits laitiers ou la cosmétique liquide. Le verre retrouve du sens dès lors que le réemploi territorial est possible, notamment dans les réseaux régionaux de consigne. Ainsi, l’innovation ne se définit pas par la rupture, mais par la cohérence fonctionnelle.

Enfin, l’emballage devient numérique. Le recours croissant aux QR codes environnementaux, déjà déployés chez CarrefourPicard ou Biocoop, marque une évolution majeure : l’information n’est plus statique, elle devient accessible, dynamique, contextualisée. Dans l’agroalimentaire, des capteurs intégrés permettent de mesurer la température et de signaler une rupture de chaîne du froid. Dans le médicament, la blockchain garantit l’authenticité et la traçabilité, répondant à un enjeu croissant de sécurité sanitaire. L’emballage n’est plus simplement visible ; il devient vérifiable.

Comme le résume l’étude Constructing Sustainable Future (2025) : « L’innovation ne modifie pas l’emballage en surface ; elle restructure la manière dont il s’inscrit dans la chaîne de valeur. »

La décarbonation : une transformation structurelle

La décarbonation est désormais le fil directeur de la stratégie emballage en France. Elle ne repose pas uniquement sur l’augmentation du taux de recyclage, mais sur une refonte du cycle complet : réduire, réemployer, optimiser, recycler, et seulement ensuite compenser. L’étude Quantis 2024 démontre que la réduction de matière est le levier le plus efficace. Alléger un emballage de quelques grammes peut générer une baisse significative de l’empreinte carbone, en particulier lorsqu’il est produit à grande échelle.

Le réemploi se développe dans les secteurs où les flux sont contrôlables. Dans la restauration collective, des dispositifs de bacs réutilisables permettent de réduire drastiquement les emballages jetables. Dans les boissons, des boucles régionales de consigne se structurent en Auvergne-Rhône-Alpes et en Nouvelle-Aquitaine. Dans la cosmétique, des marques françaises intensifient les systèmes de recharge en magasin, à l’image de L’Occitane, qui a généralisé des stations de remplissage dans plusieurs boutiques.

La substitution raisonnée vise à choisir le matériau le plus adapté selon l’usage réel. Elle ne vise pas à imposer un matériau « vertueux » universel, mais à trouver la combinaison offrant le meilleur compromis entre durabilité, performance technique et impact carbone. C’est ainsi que le carton barrière remplace progressivement les films plastiques pour certains aliments, tandis que le plastique recyclé reste indispensable pour d’autres segments fortement contraints par la sécurité sanitaire.

Enfin, la logistique est devenue un domaine central d’action climatique. L’optimisation des formats d’emballage permet d’augmenter le taux de remplissage des palettes, de réduire le nombre de trajets et de diminuer les ruptures de charge. Dans la distribution, la standardisation des gabarits assure une meilleure maîtrise des volumes transportés. La décarbonation n’est donc plus seulement une démarche environnementale ; elle est devenue un impératif de performance industrielle.

Le choix du matériau : une logique d’usage plutôt que d’image

La question du matériau ne peut être tranchée sur la base d’une perception ou d’une attente symbolique. Elle dépend de la fonction, de la durée de vie, de l’environnement logistique, du transport, du stockage, et de l’existence d’une filière de fin de vie opérationnelle.

Le carton bénéficie d’une recyclabilité élevée et d’un ancrage industriel territorial. Il convient particulièrement aux produits secs, aux expéditions e-commerce et aux conditionnements regroupés. Mais il nécessite des traitements barrières pour les usages alimentaires sensibles. Des papeteries françaises, comme celle de Saillat-sur-Vienne, développent aujourd’hui des solutions de barrières végétales à base de cellulose, permettant d’éviter les films plastiques multicouches.

Le plastique, malgré son image controversée, reste essentiel dans de nombreux secteurs. Sa légèreté en fait un matériau à forte efficacité carbone pour certains usages. Des groupes français comme L’Oréal et Pierre Fabre ont démontré la faisabilité d’un passage progressif au PET recyclé, sans perte de performance fonctionnelle. L’enjeu consiste désormais à sécuriser des gisements stables de résines recyclées de haute pureté.

Le verre est intéressant lorsque les circuits de réemploi sont courts et centralisés. Les réseaux de consigne régionale témoignent d’une montée en puissance de ces modèles. Cependant, son poids génère une empreinte logistique élevée, ce qui limite son usage aux territoires où les distances de transport sont maîtrisées.

Chaque matériau a donc sa place, à condition que son emploi respecte une cohérence systémique : c’est l’usage — et non l’image — qui doit guider la décision.

Le carton consolide son leadership industriel

Le carton représente aujourd’hui 31,8 % des volumes mondiaux d’emballages (CEPI, 2024) et poursuit sa progression. Cette dynamique est portée par la distribution, le commerce en ligne, l’agroalimentaire et la logistique. Sa capacité à être conçu sur mesure, sa compatibilité avec les chaînes de recyclage françaises et son ancrage local en font un matériau particulièrement cohérent avec les objectifs nationaux de circularité.

Des groupes comme Smurfit Kappa et DS Smith, implantés respectivement en Corrèze, en Gironde, dans les Hauts-de-France et en Seine-Maritime, développent des emballages à cinématique d’assemblage rapide, réduisant le temps de préparation en entrepôt. Ils proposent également des emballages modulaires capables de protéger un produit tout en supprimant les systèmes de calage additionnels. Cette approche permet à la fois de réduire la matière utilisée, de diminuer les coûts logistiques et de limiter les émissions liées au transport.

L’innovation dans le carton se concentre désormais sur la performance barrière. Les équipes de R&D travaillent sur des coatings d’origine végétale, permettant d’assurer la résistance à l’humidité ou aux graisses sans recourir à des films plastiques. Ces progrès ouvrent la voie à une substitution de solutions historiques dans le domaine des fruits secs, biscuits, fromages affinés et produits traiteurs.

Le carton est devenu un matériau d’ingénierie, capable de rivaliser avec des solutions plus complexes, tout en conservant une compatibilité avec les filières de recyclage françaises, déjà matures et bien structurées.

L’emballage devient intelligent

L’emballage connaît aujourd’hui une transformation profonde : il n’est plus uniquement une enveloppe matérielle assurant la protection du produit, mais devient un véritable vecteur d’information, de transparence et de confiance. Cette évolution répond à une attente croissante des consommateurs, qui ne se contentent plus d’acheter un produit, mais souhaitent comprendre d’où il vient, comment il a été fabriqué, quels impacts il génère et comment il peut être recyclé ou réemployé. L’emballage devient ainsi un interface entre la marque et l’usager, capable de traduire de façon lisible et accessible des engagements jusque-là invisibles.

En France, plusieurs enseignes pionnières ont amorcé cette transition. Carrefour a déployé des QR codes environnementaux sur des centaines de références, permettant au consommateur de consulter l’empreinte carbone du produit, la nature et l’origine des matériaux utilisés, ainsi que les consignes de tri adaptées à son territoire. Cette transparence n’est pas uniquement informative : elle responsabiliseaccompagne et simplifie l’acte de tri. De son côté, Picard a intégré ces dispositifs sur ses gammes végétales et certains plats surgelés afin de rendre plus lisible le cycle de vie des emballages et le degré de circularité des matières utilisées. Ces initiatives participent d’une évolution culturelle majeure : l’emballage n’est plus un simple résidu à éliminer, mais un élément pédagogique porteur de sens.

Dans les secteurs où les enjeux sanitaires sont particulièrement élevés, l’emballage devient un outil de sécurité et de contrôle. Dans la chaîne du froid, des industriels français déploient des étiquettes thermosensibles qui révèlent visuellement une rupture de température. Cet indicateur simple limite les risques de contamination et contribue à réduire le gaspillage des denrées périssables. De même, dans l’industrie pharmaceutique, la blockchain est utilisée pour tracer les flux, authentifier les lots et garantir l’intégrité des produits lors du transport et de la distribution. L’emballage devient dans ce cas gardien de la fiabilité.

Au-delà de la technique, cette évolution modifie profondément la nature de la relation entre la marque et le consommateur. Elle instaure une logique de preuve : l’engagement environnemental n’est plus déclaré, il est démontré. La confiance ne repose plus sur le discours, mais sur l’accès à la donnée.

Comme le rappellent plusieurs études sectorielles, la transition écologique ne se joue pas seulement dans les filières industrielles, mais dans la capacité à rendre visible ce qui était invisible.

Ainsi, l’emballage bascule d’un rôle purement utilitaire à une fonction d’authentification, de transparence et de garantie, contribuant à renforcer le lien, parfois fragilisé, entre le produit, la marque et son utilisateur.

Les champions français de l’innovation

La transition du secteur s’appuie sur une dynamique collective, portée par un écosystème français où grands groupes, PME industrielles, organisations professionnelles et distributeurs avancent simultanément. La France dispose en effet d’un tissu industriel structuré, d’unités de production réparties sur l’ensemble du territoire, et d’une culture d’ingénierie packaging qui fait de son marché un laboratoire d’innovation à ciel ouvert.

Les groupes DS Smith et Smurfit Kappa, largement implantés en Nouvelle-Aquitaine, en Normandie et en Auvergne, concentrent leurs efforts sur la légèreté, la modularité et la recyclabilité des emballages. Leur objectif est de repenser l’emballage comme un outil logistique et non plus comme un simple contenant : formats standardisés pour optimiser la palettisation, structures renforcées pour réduire les matériaux de calage, conception à montage rapide pour diminuer les temps de préparation en entrepôt. Ces innovations ont un effet direct sur l’empreinte carbone : moins de matière à produire, moins de volumes à transporter, moins de déchets à traiter.

Dans l’agroalimentaire, les industriels français travaillent sur des approches similaires. Bel et Andros allègent leurs emballages tout en simplifiant les couches barrières, afin de rendre les films plus compatibles avec les filières de recyclage françaises. Lactalis, acteur majeur de la chaîne du froid, expérimente des procédés permettant de réduire l’épaisseur des barquettes tout en garantissant l’intégrité sanitaire, démontrant que la durabilité peut aller de pair avec les exigences hygiéniques.

Dans les boissons et les spiritueux, c’est le lien entre valeur d’usage et valeur symbolique qui est interrogé. À Reims, Pernod Ricard teste des bouteilles en fibre cellulosique destinées à remplacer les contenants traditionnels en plastique sur certaines gammes. Ici, l’innovation ne vise pas seulement la réduction matière, mais une évolution du langage de marque, où la sobriété devient un signe d’authenticité.

Dans la grande distribution, l’innovation se joue au niveau des modèles logistiquesCarrefour et Système Uconstruisent des filières régionales de consigne, où les bouteilles en verre sont collectées, lavées et réemployées dans un périmètre territorial maîtrisé. Cette approche territoriale limite les transports, structure des emplois locaux et redonne du sens à la circularité.

La dynamique est consolidée par les réseaux d’appui comme le Cofepac et le Conseil National de l’Emballage, qui accompagnent les entreprises sur la normalisation, la veille réglementaire, la formation et l’éco-conception. L’innovation n’apparaît donc pas comme le fruit d’initiatives isolées, mais comme le résultat d’une coordination sectorielle visant à aligner performance industrielle et durabilité.

Vers 2030 : emballer moins, emballer mieux

L’horizon 2030 esquisse une transformation profonde du rôle de l’emballage. La tendance dominante est celle de la sobriété fonctionnelle. Il ne s’agit plus de produire davantage d’emballages dits « vertueux », mais de réduire la quantité d’emballage nécessaire, de prolonger sa durée de vie et d’optimiser son cycle.

Les emballages seront moins nombreux, mais mieux conçus. Leur standardisation permettra de réduire les ruptures logistiques et d’augmenter les taux de remplissage, améliorant mécaniquement l’efficacité carbone du transport. Le réemploi, longtemps limité à quelques filières historiques, se déploie désormais dans la restauration rapide, les boissons, la cosmétique et l’alimentaire en vrac. Ces nouveaux usages s’appuient sur des infrastructures territoriales de collecte, lavage et redistribution, qui rapprochent l’économie circulaire du quotidien des consommateurs.

La mesure de l’impact environnemental deviendra une norme. Grâce aux interfaces numériques et aux QR environnementaux, le consommateur accèdera directement à l’empreinte carbone du produit, à sa composition, à sa recyclabilité réelle et aux consignes adaptées à son lieu de résidence. L’emballage ne sera plus jugé sur son apparence ou son matériau, mais sur sa cohérence environnementale, logistique et sociale.

Comme le résume le CNE : « La valeur ne résidera plus dans l’objet, mais dans son cycle. »

La filière de l’emballage n’est pas en train de disparaître ; elle est en train de changer de nature. De simple support, elle devient levier stratégique, tant pour la performance industrielle que pour la crédibilité environnementale des marques.
La France dispose d’atouts majeurs pour réussir cette transition : un tissu industriel dense, des compétences d’ingénierie élevées, des filières de recyclage structurées et une culture d’innovation portée par l’exigence sociétale.

L’enjeu n’est plus de multiplier les emballages dits durables, mais de concevoir des systèmes d’emballage pertinents, sobres et intelligents, en cohérence avec les usages qu’ils supportent.

Autrefois invisible, l’emballage devient un marqueur d’engagement, un révélateur de cohérence et un levier de confiance.

GS1 France : réduire l’impact environnemental des emballages par les standards et la donnée

Acteur central de la standardisation des échanges de données depuis plus de 50 ans, GS1 France joue désormais un rôle stratégique dans la transformation environnementale des filières. En fournissant un langage commun à des millions d’entreprises, GS1 permet aux industriels, distributeurs, logisticiens et éco-organismes d’identifier, tracer et piloter leurs flux, au service de la performance opérationnelle. La création de valeur environnementale est désormais un objectif central de son activité.
Avec le lancement d’impack’t, GS1 France fédère les entreprises dans le but de faire émerger les standards essentiels à la réduction de l’impact environnemental des emballages.
Rencontre avec Stéphane CREN, Responsable de l’initiative Impack’t chez GS1 France.


Avant d’entrer dans le détail de l’initiative impack’t, pouvez-vous nous rappeler le rôle de GS1 France et sa place dans l’écosystème des filières aujourd’hui ?

Si l’on schématise un peu, notre métier c’est de porter des solutions technologiques à très grande échelle, dans une perspective d’intérêt commun des entreprises et des filières. Nous opérons à la fois sur un plan global et local.
Au niveau global, GS1 a la charge d’un ensemble de technologies standardisées qui constitue une architecture technique ouverte. Elle vise en particulier à élever le potentiel d’interconnexion des entreprises, donc leur potentiel de collaboration. Le point de départ c’est bien sûr le code-barre il y a 50 ans, qui a permis la généralisation d’une identité universelle des produits. Ce n’est que la face immergée de l’iceberg. Le socle technologique de GS1 est en perpétuelle évolution depuis.
Au plan local, le rôle de GS1 France est d’extraire de ces technologies un maximum de valeur, par des mises en œuvre collectives à grande échelle. Historiquement, nous cherchons à faire circuler les données pour améliorer les performances économiques des chaines d’approvisionnement ; désormais, nous cherchons aussi à outiller les boucles circulaires avec des standards adaptés, pour accélérer leur développement et leur efficacité.

C’est justement dans ce cadre que vous avez lancé l’initiative Impack’t fin 2023. Pouvez-vous nous en expliquer la genèse et les objectifs ?

Oui. 2023 marque l’officialisation du virage circulaire de GS1 France. Il nous a paru évident que l’emballage devait constituer un chantier prioritaire. A la fois parce que l’exigence de transformation fixée par les règlementations est très élevée dans ce domaine. Aussi parce que l’emballage constitue l’une des dimensions les plus palpables
de l’enjeu environnemental. Au quotidien, chacun fait le constat du volume de déchets généré par son mode de vie, et notamment son alimentation. Il y a une disponibilité dans la société pour agir concrètement, réduire ce volume et lutter contre la pollution plastique. Enfin, parce que l’on avait analysé les obstacles structurels sur lesquels buttaient les entreprises pour réduire, réemployer davantage et mieux recycler. Il manquait de solutions ouvertes et généralisables.
Donc impack’t est né de ce triple constat. Il y a un enjeu critique à faire émerger des standards pour accélérer la mutation du monde des emballages.

Pour passer de l’intention à l’action, impack’t s’appuie sur plusieurs chantiers opérationnels. Sur quels grands axes travaillent aujourd’hui les acteurs de l’initiative ?

impack’t, c’est en effet plusieurs axes de travail indépendants, parce que la problématique est protéiforme. Le travail mené est toujours collaboratif, même si le format varie selon les circonstances : consortiums européens, coalitions d’action, groupes de travail, etc.
Sur le fond, je vous prends deux exemples emblématiques, mais il y en a d’autres tout aussi féconds.
Le réemploi des emballages ménagers doit se développer rapidement. C’est une exigence légale qui vaut pour tous les secteurs et tous les types de produits. Il faut donc penser et mettre en place une organisation globale à l’échelle de la société pour que cela ait lieu. L’un des rouages essentiel et constitutif de cette organisation globale, c’est la traçabilité ! La traçabilité adresse les enjeux d’efficacité des boucles de réemploi. Elle a aussi à voir avec leur sureté et avec les modalités de retours proposés aux consommateurs, donc avec leur adhésion. Il faut alors convenir tous ensemble de la manière dont on opère le suivi de ces flux d’emballages, de leurs stocks, de leurs états, etc. Il faut en convenir non pas à l’échelle d’un secteur, mais à l’échelle de l’ensemble des secteurs concernés. Il y a donc un ensemble de choix technologiques à réaliser : comment capte-t-on la donnée ? comment circulent-elle ensuite entre les parties prenantes ? Etc. Pour cela, il y a des enjeux de faisabilité économique à objectiver et des compromis à trouver. C’est un travail à la fois technique, politique, et un brin prospectif.
Autre enjeu adressé par impack’t : la recyclabilité des emballages plastiques. Les performances de recyclage actuelles ne sont pas satisfaisantes, notamment pour l’ensemble des plastiques souples largement utilisés. C’est qu’avant même de pouvoir les recycler, il faut être en mesure de les trier industriellement pour fournir aux usines de recyclage des plastiques homogènes. La clé est de réussir à trier beaucoup plus finement qu’aujourd’hui les déchets d’emballages plastiques. Mieux les trier cela conduit à être en mesure d’identifier leurs caractéristiques dans des environnements industriels très peu propices : ce sont des déchets, sans formes stables, qui circulent à des vitesses élevées.
Il y a donc ici un challenge technologique d’autant plus élevé que la solution doit être généralisable, et pour cela, à faible coût. Nous pensons avoir trouvé cette solution, en la forme de codes-barres invisibles. Mais il nous reste encore un peu de chemin pour crédibiliser totalement cette perspective.

Concrètement, qu’est-ce que cette approche collective change pour les entreprises qui s’engagent aujourd’hui dans impack’t ?

Le travail de standardisation est avant tout un travail collaboratif, collectif. C’est cela qui change tout. Il crédibilise des voies, il donne des gages de pérennité, il donne l’assurance aux entreprises de ne pas s’engager dans une direction solitaire qui sera sans issue.
Au contraire, l’élaboration de solutions communes, concertées, est un élément essentiel pour crédibiliser la perspective même de la transition, du changement de modèle. Décréter un changement de modèle, c’est assez facile en réalité. Ce qui est beaucoup plus complexe c’est de l’organiser, de se donner collectivement les moyens d’y arriver. GS1, dans son rôle, aide à cela, en même temps que beaucoup d’autres acteurs évidemment : les agences publiques, les éco-organismes, les fédérations, les think-tanks, les cabinets de conseil et autres « tiers-lieux » à qui il faut rendre hommage pour leur engagement.

Cet article vous a plu ? partagez-le :

Abonnement à la formule intégrale !

Le magazine Édition digitale sur ordinateur, mobile et tablette
Je m'abonne
Abonnement