L’intelligence peut-elle être artificielle ? ça sonne comme un sujet de bac de philo, vous avez 3 heures… Sans plaisanter, la question se pose naturellement. Il s’agit d’acter qu’on peut fabriquer de l’intelligence de toute pièces, en partant de rien, ou presque. Nombre de spécialistes chercheront évidemment, parce que c’est au cœur de leur business, à prouver cette évidence. Pourtant, il ne faut pas chercher bien loin pour observer qu’à défaut d’intelligence, au sens où on le qualifiera chez son voisin, on a plutôt affaire le plus souvent à un simulacre, parfois bluffant, comme un « turc mécanique » moderne, une boite noire qui se contenterait de restituer des schémas de raisonnement préfigurés par l’homme. Singeant la pub du « canadra dry », ça a la couleur de l’intelligence, mais ce n’est pas de l’intelligence.

Intellĕgĕre : lire entre les lignes

Car le vrai enjeu n’est pas simplement d’accélérer le raisonnement d’un humain. On sait bien le faire dans la rapidité de calcul – la calculette le fait déjà depuis des décennies – ou l’identification instantanée de formes et figures significatives dans une masse de données gigantesque. Car oui, l’ordinateur, une fois repus de milliards de données sur un domaine (parties d’échecs, parcours d’achats, radios des poumons, etc…) sera toujours plus rapide que l’humain pour identifier des récurrences, des tendances, des corrélations. Rendons grâce d’ailleurs à l’intelligence de nos mathématiciens et autres datascientists dans ces performances. Mais la vraie intelligence, celle que l’on jalouse chez son congénère, c’est cette capacité à voir ce que nous ne voyons pas, à « lire entre les lignes » comme le suggère l’étymologie du mot. Une aptitude particulière de l’esprit capable de produire une idée nouvelle, un raisonnement original, une réponse à laquelle personne d’autre ne pensait ou ne formulait avant.

C’est aussi et surtout être capable de réagir à l’inattendu et au non rationnel. Plusieurs exemples récents illustrent cet (actuelle) incapacité de nos IA à égaler l’humain. Le premier concerne les véhicules autonomes. On a beau les doter de sens humains (la vue, l’ouïe), les barder de capteurs bien plus puissants que ceux dont pourrait disposer l’homme (des radars, des caméras infrarouges), on semble buter sur la complexité d’en faire bon usage dans un environnement au comportement anarchique. Le projet de Valeo de lâcher une voiture autonome sur la place de l’Etoile à Paris, pourtant annoncé en grande pompe à l’automne 2018, a été reportée sine die. Ceux qui connaissent le lieu comprendrons pourquoi…. Le second vient des marchés financiers : plusieurs sociétés intervenants sur le marché de la livre sterling ont dû désactiver leurs robots logiciels de trading car ils n’arrivaient plus à suivre les paroles et attitudes des intervenants de la scène politique britannique sur le brexit, chaque expression pouvant influer dans un sens ou un autre le cours de la monnaie. En gros, ils perdaient la boule – et nous aussi, il faut l’admettre… Le dernier exemple est l’aveu d’échec de Facebook et de leur IA dans l’analyse et la censure automatique de vidéos, dans le cas de la tuerie de Christchurch. Et même si les arguments exposés par Yann Le Cun, le directeur scientifique de Facebook, sont techniquement recevables (des coups de feu, des cris, des mouvements en « FPS » bien connus des habitués des jeux vidéo, sont jugés à priori anodins), on se dit qu’un humain aurait pu rapidement malgré tout faire la différence…

Pandore et Frankenstein

Il y a un autre motif à l’incapacité des IA à égaler l’homme : l’auto-censure. Microsoft, et notamment son fondateur Bill Gates, ont récemment développé l’idée qu’il ne faut pas trop jouer avec l’IA. Comme un principe de précaution, ils suggèrent de pas pousser les recherches trop loin pour ne pas courir le risque de créer des machins dont on perdrait le contrôle, ne pas ouvrir la boite de pandore, ne pas donner naissance au monstre de Frankenstein. Les mauvaises langues disent que c’est de l’affichage, Microsoft ayant semble-t-il un peu de retard face à ses concurrents. Mais comme l’humanité ne se résume à quelques penseurs raisonnables – on le voit bien sur le plan éthique médicale – certains sont surement en train de créer de vrais « cerveaux intelligents », espérant leur faire produire des réponses que l’homme est aujourd’hui incapable de trouver : Pourquoi la mer est mouillée ? Qu’est-ce qu’il y a après la mort ? Dieu existe-t-il ? Peut-être même que certains ont déjà réussi, que des intelligences nouvelles se sont déjà déployées secrètement dans notre écosystème, voire dominent discrètement le monde. Peut-être que ce sont elles qui nous poussent à abimer notre terre nourricière, pour mieux nous anéantir et rester seules sur terre. Un scénario tout au gout des fans de Matrix. Si vous lisez ces dernières lignes, c’est que l’IA qui pilote la machine offset qui imprime cette page ne m’a pas repéré et ne m’a pas censuré. L’humanité vaincra !

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